Guide du professeur â Session 9 đą
« Info ou intox ? Lâesprit critique Ă lâĂšre de lâIA »
Programme : Applied AI â Niveau DĂ©butant (dĂšs 12 ans, grand public) Instructeur : Yann Isola DurĂ©e conseillĂ©e : 2 h (adaptable 1 h 30 â 2 h 30) PrĂ©requis : Sessions 1 Ă 8 (notamment S5 : IA multimodale/deepfakes Ă©voquĂ©s, S6 : Ă©thique et biais)
1. Objectifs pédagogiques
Ă la fin de la session, chaque participant doit ĂȘtre capable de :
- Expliquer pourquoi une IA générative peut produire des informations fausses avec assurance (« hallucinations »).
- Distinguer les grands types de fausses informations : erreur involontaire, satire, désinformation intentionnelle, deepfake.
- Appliquer une méthode simple de vérification en 4 réflexes (méthode S.T.O.P.) face à une info ou une image douteuse.
- RepĂ©rer les indices classiques dâun deepfake (image, audio, vidĂ©o) â tout en sachant que ces indices deviennent moins fiables. â
- Adopter des réflexes de partage responsable : vérifier avant de partager, citer ses sources, signaler.
đ§ Fil rouge de la session : « LâIA rend le faux facile Ă fabriquer. Notre meilleure dĂ©fense nâest pas technique : câest un rĂ©flexe mental. »
Ce que cette session NâEST PAS : un cours de peur. On ne veut pas que les participants ressortent en pensant « tout est faux, on ne peut croire personne ». Le message est : le vrai existe, il faut juste apprendre Ă le retrouver. â
2. Vue dâensemble et fil rouge
La session alterne dĂ©monstrations, jeu de dĂ©tection et mĂ©thode pratique. Elle sâappuie sur ce que les participants savent dĂ©jĂ :
- S3 (langage des machines) : lâIA prĂ©dit le mot suivant â elle peut prĂ©dire quelque chose de faux mais plausible.
- S5 (IA qui voit et crée) : les images générées et les deepfakes existent.
- S6 (Ă©thique) : les donnĂ©es peuvent ĂȘtre biaisĂ©es â les rĂ©ponses aussi.
La nouveautĂ© de la S9 : on passe de « lâIA peut se tromper » à « comment MOI je vĂ©rifie ».
Déroulé minuté (base 2 h)
| Heure | Durée | Séquence |
|---|---|---|
| 0:00 | 10 min | Accroche : le test « Vrai ou généré ? » |
| 0:10 | 20 min | Pourquoi lâIA « hallucine » (et pourquoi elle a lâair si sĂ»re dâelle) |
| 0:30 | 15 min | La carte du faux : erreur, satire, désinformation, deepfake |
| 0:45 | 10 min | Pause â |
| 0:55 | 20 min | La mĂ©thode S.T.O.P. â vĂ©rifier en 4 rĂ©flexes |
| 1:15 | 15 min | Zoom deepfakes : indices visuels et sonores â |
| 1:30 | 20 min | Activité phare : « La rédaction » (jeu de fact-checking en équipes) |
| 1:50 | 10 min | SynthĂšse, charte du partage responsable, quiz |
3. Contenu détaillé, séquence par séquence
3.1 Accroche (10 min) â « Vrai ou gĂ©nĂ©rĂ© ? »
DĂ©roulĂ© : projetez 6 images (prĂ©parĂ©es Ă lâavance, voir §4) : 3 vraies photos, 3 images gĂ©nĂ©rĂ©es par IA. Vote Ă main levĂ©e pour chacune : « vraie ou IA ? ».
Effet recherchĂ© : la classe se trompe au moins une fois â câest quasi garanti. Câest le dĂ©clic de la session.
Phrase clĂ© : « Il y a trois ans, on repĂ©rait une image IA en une seconde. Aujourdâhui, mĂȘme les experts hĂ©sitent. La question nâest plus âest-ce que je peux voir la diffĂ©rence ?â mais âcomment je vĂ©rifie ?â »
â Point dâattention : ne choisissez PAS dâimages choquantes ou politiques. PrivilĂ©giez : paysages, animaux, portraits neutres, nourriture. Le but est le mĂ©canisme, pas la polĂ©mique.
Sans écran : imprimez les 6 images en couleur (A5 minimum) et faites-les circuler.
3.2 Pourquoi lâIA « hallucine » (20 min)
Le cĆur de la sĂ©quence : relier ce phĂ©nomĂšne Ă la S3. Une IA de langage prĂ©dit la suite la plus probable, elle ne consulte pas une base de vĂ©ritĂ©s.
Analogie du perroquet lecteur : « Imaginez un perroquet qui a lu toute la bibliothĂšque. Il parle magnifiquement bien. Mais si vous lui demandez un livre qui nâexiste pas, il vous en inventera un â avec un titre crĂ©dible, un auteur crĂ©dible⊠parce que son travail, câest de produire quelque chose de crĂ©dible, pas de vĂ©rifier que câest vrai. »
Démonstration en direct (si écran disponible) : demandez à un chatbot :
- une biographie dâune personne peu connue (ou inventĂ©e) ;
- « Cite-moi 3 articles scientifiques sur [sujet pointu] avec leurs auteurs ». Montrez ensuite quâune des rĂ©fĂ©rences nâexiste pas (recherche en direct).
3 raisons simples Ă retenir (au tableau) :
- Elle prĂ©dit, elle ne sait pas â plausible â vrai.
- Elle a une date de coupure â ses connaissances sâarrĂȘtent quelque part.
- Elle veut vous plaire â entraĂźnĂ©e Ă donner une rĂ©ponse, rarement Ă dire « je ne sais pas ». â
â PiĂšge frĂ©quent : un participant dira « donc lâIA ment ». Corrigez : mentir suppose une intention. LâIA nâa pas dâintention ; elle produit du plausible. Le mot juste est « elle se trompe avec assurance ». Cette nuance est importante pour ne pas humaniser la machine (rappel de la S1).
CorrigĂ© de la question flash (« Pourquoi lâIA invente-t-elle des sources ? ») : parce quâune source inventĂ©e ressemble statistiquement Ă une vraie source, et que le modĂšle gĂ©nĂšre ce qui ressemble Ă ce quâon attend.
3.3 La carte du faux (15 min)
Objectif : montrer que « fausse info » recouvre des réalités trÚs différentes. Dessinez 4 cases au tableau :
| Type | Intention | Exemple |
|---|---|---|
| Erreur | Aucune (involontaire) | Un journaliste se trompe de chiffre |
| Satire / parodie | Faire rire (assumĂ©) | Le Gorafi, poissons dâavril |
| Désinformation | Tromper volontairement | Fausse citation attribuée à une célébrité |
| Deepfake | Tromper avec lâIA | VidĂ©o truquĂ©e dâune personnalitĂ© |
Question Ă la classe : « Lequel est le plus dangereux ? » Laissez dĂ©battre 3 minutes. RĂ©ponse nuancĂ©e : la dĂ©sinformation volontaire est la plus dangereuse, mais lâerreur partagĂ©e massivement fait autant de dĂ©gĂąts. â transition : « Peu importe lâorigine : câest le partage qui donne sa puissance au faux. »
â PrĂ©cisez que la satire nâest PAS un problĂšme tant quâelle est identifiable. Le problĂšme naĂźt quand une capture dâĂ©cran du Gorafi circule sans le nom du site.
3.4 Pause (10 min) â
3.5 La méthode S.T.O.P. (20 min)
Le livrable pratique de la session. Ăcrivez en GRAND au tableau :
- S â Source : Qui publie ça ? Le site/compte existe-t-il vraiment ? Depuis quand ?
- T â Traces : Dâautres mĂ©dias fiables en parlent-ils ? (Si un scoop Ă©norme nâest repris nulle part â alerte.)
- O â Origine : DâoĂč vient lâimage/la citation ? Recherche dâimage inversĂ©e, citation entre guillemets dans un moteur de recherche.
- P â Pause : Lâinfo me fait-elle ressentir une Ă©motion forte (colĂšre, peur, indignation) ? Câest EXACTEMENT le signe quâil faut attendre avant de partager. â
Micro-exercice guidĂ© : projetez une fausse info dâentraĂźnement (fournie dans exercises.md, ex. « Le collĂšge X remplace tous ses profs par des IA dĂšs septembre »). DĂ©roulez S.T.O.P. ensemble, Ă©tape par Ă©tape, en notant les rĂ©ponses.
Corrigé du micro-exercice :
- S : le « site » nâest pas un mĂ©dia connu, pas de page « Ă propos », créé rĂ©cemment.
- T : aucun mĂ©dia national ou local ne reprend lâinfo â improbable pour un tel scoop.
- O : la photo dâillustration provient dâune banque dâimages (recherche inversĂ©e).
- P : lâinfo joue sur la peur/indignation â signal classique de piĂšge Ă clics.
Phrase clĂ© : « Le P est le plus important. La dĂ©sinformation est conçue pour court-circuiter votre cerveau avec une Ă©motion. Votre superpouvoir, câest 30 secondes de pause. »
3.6 Zoom deepfakes (15 min) â
Rappel S5 : on sait que lâIA gĂ©nĂšre images, voix, vidĂ©os. Ici on apprend Ă observer.
Indices visuels classiques (Ă relativiser) :
- mains et doigts étranges, bijoux/lunettes asymétriques ;
- textes illisibles en arriĂšre-plan (enseignes, affiches) ;
- reflets et ombres incohérents ;
- arriÚre-plans « fondus », détails qui se répÚtent ;
- peau trop lisse, dents trop réguliÚres.
Indices audio/vidéo :
- synchronisation lĂšvres/son imparfaite ;
- respiration absente, intonation plate dans les voix clonées ;
- clignements dâyeux rares ou mĂ©caniques.
â Avertissement OBLIGATOIRE Ă donner : ces indices datent vite. Les modĂšles rĂ©cents corrigent les mains, les reflets, les clignements. La leçon durable nâest pas la liste dâindices, câest le rĂ©flexe : une vidĂ©o spectaculaire = vĂ©rifier la source avant dây croire. Insistez : « Vos yeux vous trahiront un jour ; votre mĂ©thode, non. »
Cas concret Ă raconter : un faux enregistrement audio dâun directeur dâĂ©cole ou dâun politicien peut ĂȘtre fabriquĂ© en quelques minutes avec quelques secondes de voix. DâoĂč lâimportance du « mot de code familial » : certaines familles conviennent dâun mot secret pour vĂ©rifier un appel dâurgence suspect (arnaques Ă la voix clonĂ©e). Câest concret, protecteur, et les participants en parlent chez eux.
3.7 Activité phare : « La rédaction » (20 min)
Principe : la classe devient la rĂ©daction dâun journal. Des « dĂ©pĂȘches » arrivent (cartes prĂ©parĂ©es, voir exercises.md, exercice 3). Chaque Ă©quipe (3-4 personnes) doit dĂ©cider en 4 minutes par dĂ©pĂȘche : PUBLIER / VĂRIFIER ENCORE / REJETER, en justifiant avec S.T.O.P.
Déroulé :
- Formez les équipes, distribuez la fiche S.T.O.P. (une par équipe).
- Distribuez 3 dĂ©pĂȘches (mĂ©lange : 1 vraie banale, 1 fausse sĂ©duisante, 1 vraie mais incroyable).
- Mise en commun : chaque équipe annonce ses verdicts, le prof révÚle la vérité.
Effet recherchĂ© : la « vraie mais incroyable » est souvent rejetĂ©e Ă tort â excellente discussion : lâesprit critique, ce nâest pas tout rejeter, câest savoir vĂ©rifier. â Câest LE point subtil de la session : le scepticisme systĂ©matique est aussi une erreur (on appelle ça le « dividende du menteur » : si tout peut ĂȘtre faux, les menteurs peuvent nier mĂȘme les vraies preuves).
CorrigĂ©s dĂ©taillĂ©s des dĂ©pĂȘches : voir exercises.md, exercice 3 (section corrigĂ©).
3.8 SynthĂšse et quiz (10 min)
Les 5 idées à retenir (à faire reformuler par les participants) :
- LâIA gĂ©nĂ©rative produit du plausible, pas du vrai.
- Le faux a plusieurs visages : erreur, satire, désinformation, deepfake.
- S.T.O.P. : Source, Traces, Origine, Pause.
- Les indices de deepfakes vieillissent ; le réflexe de vérification, non.
- Ne pas partager, câest dĂ©jĂ agir. VĂ©rifier avant de partager, câest protĂ©ger les autres.
Terminez par la charte du partage responsable (webpage/index.html, section finale) : chacun choisit UN engagement personnel et lâĂ©crit.
Pont vers la session 10 : « La prochaine sĂ©ance est la derniĂšre du niveau dĂ©butant : on rassemble tout â projet final, bilan, et la suite de votre aventure avec lâIA. »
4. Matériel et préparation
à préparer avant la séance :
- 6 images imprimées ou projetables pour « Vrai ou généré ? » (3 vraies / 3 IA, sujets neutres)
- AccĂšs Ă un chatbot pour la dĂ©mo hallucination (prĂ©voir des captures dâĂ©cran de secours â si pas de connexion)
- Cartes « dĂ©pĂȘches » dĂ©coupĂ©es (exercises.md, exercice 3) â 1 jeu par Ă©quipe
- Fiches S.T.O.P. imprimées (1 par équipe + 1 par participant à emporter)
- Feuilles A4, feutres, tableau
- Quiz imprimé ou projeté (quiz/quiz.md)
- Slides (slides/slides.md) ou version papier des schémas clés
Version 100 % sans Ă©cran : toute la session fonctionne avec les images imprimĂ©es, les cartes dĂ©pĂȘches et le tableau. La dĂ©mo hallucination est remplacĂ©e par les captures dâĂ©cran imprimĂ©es ou par la lecture théùtralisĂ©e dâun dialogue chatbot (fourni en annexe de exercises.md).
5. Adaptations
- Public 12-14 ans : insistez sur les exemples rĂ©seaux sociaux (dĂ©fis, rumeurs de cour dâĂ©cole, faux comptes de cĂ©lĂ©britĂ©s). Raccourcissez la sĂ©quence 3.3 et allongez le jeu de la rĂ©daction.
- Public adulte : ajoutez les arnaques par voix clonée (« appel du petit-fils »), les faux placements financiers vantés par des célébrités deepfakées, et les mails de phishing rédigés par IA.
- Format 1 h 30 : supprimez la sĂ©quence 3.3 (intĂ©grez les 4 types dans la synthĂšse) et rĂ©duisez la rĂ©daction Ă 2 dĂ©pĂȘches.
- Format 2 h 30 : ajoutez lâexercice 4 (exercises.md) : « Fabrique ta fausse une⊠puis dĂ©monte-la », trĂšs fort pĂ©dagogiquement.
6. PiĂšges et questions difficiles â
« Il existe des dĂ©tecteurs dâIA, non ? » â Oui, mais ils se trompent souvent, dans les deux sens. Aucun outil ne remplace la vĂ©rification de source. Ne promettez jamais quâun outil « dĂ©tecte » Ă coup sĂ»r.
« Alors on ne peut plus rien croire ! » â RĂ©ponse clĂ© : si, justement. Les mĂ©dias sĂ©rieux, les recoupements, les sources primaires existent toujours. Lâobjectif est la confiance mĂ©thodique, pas la dĂ©fiance gĂ©nĂ©rale. (Voir « dividende du menteur », §3.7.)
« Câest illĂ©gal de faire un deepfake ? » â En France/UE : utiliser lâimage ou la voix de quelquâun sans consentement pour tromper peut ĂȘtre puni (atteinte Ă lâimage, usurpation dâidentitĂ©) ; lâAI Act impose de signaler les contenus gĂ©nĂ©rĂ©s. La satire clairement identifiĂ©e reste permise. Restez gĂ©nĂ©ral, vous nâĂȘtes pas juriste. â
« Et si un ami partage une intox ? » â Conseillez la bienveillance : message privĂ© plutĂŽt que correction publique humiliante. On corrige lâinfo, pas la personne.
Sujet sensible : si un participant apporte un exemple politique ou religieux clivant, recentrez sur la MĂTHODE (« trĂšs bien, appliquons S.T.O.P. »), jamais sur le fond du dĂ©bat. â
7. Pour aller plus loin (prof)
- Les Décodeurs (Le Monde), AFP Factuel, Franceinfo « Vrai ou Faux » : sources francophones de fact-checking à citer en classe.
- CLEMI : ressources dâĂ©ducation aux mĂ©dias pour le public scolaire.
- Recherche dâimage inversĂ©e : Google Images, TinEye, Lens â Ă tester soi-mĂȘme avant la sĂ©ance.
- Mot-clĂ© Ă connaĂźtre : « liarâs dividend » (dividende du menteur) pour approfondir la question du scepticisme excessif.
- Rejouez le test « Vrai ou gĂ©nĂ©rĂ© ? » avec des images rĂ©centes Ă chaque nouvelle session : cela vous forcera Ă mettre Ă jour vos exemples. â
Guide rĂ©digĂ© pour le programme Applied AI â Yann Isola. Session 9/10 du niveau DĂ©butant đą.